Y a-t-il un art de bien raisonner ?

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(Plan détaillé du sujet)

Introduction : si bien raisonner est l'objet d'un savoir-faire, l'erreur est-elle réductible à un mauvais usage de la raison ? Le génie créatif de la raison peut-il s'accomoder d'un artificialisme ?

I Un art de la forme : l'oeuvre propre de la raison.
A) La liaison rationnelle des vérités suppose l'obéissance aux lois logiques qui concernent la forme du raisonnement, non sa matière ou contenu. ( Aristote )

B) L'objet de la raison n'est pas la vérité en général, mais la vérité nécessaire et, pour autant, universelle. Par 'bien raisonner' il faut entendre alors moins la production de vérité que la validité du raisonnement eu égard à la structure de la raison. ( idem )

C) Mais raisonner mal n'est pas nécessairement faire entorse à la logique. On peut aussi raisonner 'à tort et à travers' sans produire aucune vérité. Par ailleurs, si la structure formelle de la raison est universelle, bien disposer de sa raison est sans doute plus que respecter un formalisme.

II Bien conduire sa raison.
A) Si, pour Descartes, 'le bon sens' ( c'est-à-dire la raison en tant que 'pouvoir de discerner le vrai d'avec le faux' ) 'est la chose du monde la mieux partagée', c'est parce que tout le monde se satisfait du partage et non pas parce que chacun raisonnerait toujours bien.

B) La raison n'est la condition suffisante que pour avoir éventuellement tort ; et c'est parce qu'on peut en user à tort qu'il faut une 'méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences'.

C) Le modèle mathématique de l'ordre et de la mesure se substitue aux procédés formels de la logique. La mathématique comme art suprême du raisonnement semble définir le 'rationalisme' ; mais n'est-ce pas plutôt un art simplement propédeutique ou 'initiatique' comme l'énonçait Platon dans La République ?

III Entre l'habileté et le génie : avoir de l'esprit.
A) Différence entre l'esprit de géométrie et l'esprit de finesse selon Pascal : " il est rare que les géomètres soient fins et que les fins soient géomètres, à cause que les géomètres veulent traiter géométriquement ces choses fines, et se rendent ridicules, voulant commencer par les définitions et ensuite par les principes, ce qui n'est pas la manière d'agir en cette sorte de raisonnement. Ce n'est pas que l'esprit ne le fasse ; mais il le fait tacitement, naturellement et sans art, car l'expression en passe tous les hommes, et le sentiment n'en appartient qu'à peu d'hommes. Et les esprits fins, au contraire, ayant ainsi accoutumé à juger d'une seule vue, sont si étonnés, quand on leur présente des propositions où ils ne comprennent rien, et où pour entrer il faut passer par des définitions et des principes si stériles, qu'ils n'ont point accoutumé de voir ainsi en détail, qu'ils s'en rebutent et s'en dégoûtent " ( Les Pensées, Br.1 ).

B) Faire preuve d'habileté dans un raisonnement dépasse le simple savoir des règles : entre le mode d'emploi et la pratique réussie il y a tout l'espace où s'insère l'expérience. Cf. les grands détectives : Scherlock Holmes, Hercule Poirot, et le contre-exemple des Dupondt.

C) Par ailleurs, on peut reprendre la maxime de Jean-Luc Godard : " la culture c'est la règle, l'art c'est l'exception ", et l'appliquer au génie ( par exemple le génie du mathématicien Poincaré ) qui s'affirme dans le contournement des règles, le raccourci de l'intuition et l'audace.

Conclusion : la raison est une conquête, et son excellence dépasse le seul domaine du savoir-faire.

 

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